L'AfD en téflon : pourquoi rien ne lui colle à la peau
On connaissait le canard en plastique : l'eau glisse dessus sans jamais l'atteindre. L'Alternative pour l'Allemagne (AfD), elle, fait encore plus fort. Scandales, controverses, accusations – tout semble rebondir sur le parti sans laisser la moindre trace. La NZZ parle d'une «Teflon-AfD», et l'image est terriblement juste.
Résumons la situation, parce qu'elle est assez vertigineuse. L'AfD surfe actuellement sur ce qu'on ne peut décrire autrement qu'une vague de succès : des sondages stablement élevés, une base électorale qui ne bronche pas, et – cerise sur le gâteau – une victoire retentissante face au Verfassungsschutz, le service de protection de la Constitution, qui souhaitait classer le parti comme «gesichert rechtsextrem» – c'est-à-dire «extrémisme de droite avéré».
Et puis il y a ce dernier épisode, qui aurait normalement de quoi faire vaciller n'importe quelle formation politique : un scandale de népotisme, avec la distribution de postes à des membres de la famille au sein du parti. Le genre de «Vetternwirtschaft» – copinage institutionnalisé – qui, dans un autre contexte, provoquerait des démissions en cascade et des unes de journaux pendant des semaines.
Sauf que voilà : les électeurs de l'AfD n'en ont visiblement cure.
C'est là que ça devient vraiment intéressant – et, soyons honnêtes, un peu préoccupant pour la démocratie allemande. Car cette imperméabilité aux scandales n'est pas anodine. Elle révèle un phénomène que les politologues observent avec une inquiétude croissante : une partie de l'électorat ne juge plus un parti sur sa gouvernance ou son intégrité, mais sur sa capacité à incarner une opposition radicale au système.
Quand la confiance dans les institutions traditionnelles s'effrite, les règles du jeu politique classique ne s'appliquent plus. Le népotisme ? Un détail. Les liens avec l'extrémisme ? Une étiquette imposée par «le système». Chaque attaque devient, paradoxalement, une preuve supplémentaire que le parti dérange les bonnes personnes.
Ce mécanisme n'est pas propre à l'Allemagne. On l'a vu avec Trump aux États-Unis, avec le RN en France, et dans une moindre mesure avec l'UDC en Suisse. Mais l'ampleur du phénomène outre-Rhin, dans un pays dont l'histoire impose pourtant une vigilance particulière face aux dérives autoritaires, pose des questions fondamentales.
La vraie question n'est peut-être pas de savoir pourquoi l'AfD résiste aux scandales. C'est plutôt : qu'est-ce que cela dit de l'état du débat démocratique en Allemagne ? Et surtout : les partis établis ont-ils encore les outils pour y répondre ?
Source : NZZ
Source: NZZ
Cet article a été réécrit par Leprisma.ch à partir de l'article original. Tous les faits sont attribués à la source.